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80e Salon de l’Auto à Genève


Joëlle Brack
05 mars 2010

Fanfaronnant malgré la crise, le Salon de l’Auto de Genève [4-14 mars] fait toujours rêver, sur fond de débâcle technique mais aussi d’espoir écologique !  

EcoF3, la voiture de course du futur construite en légumes et roulant au chocolat [©DR]

C’est Toyota, leader mondial du secteur, qui a ouvert le bal : plus de huit millions de véhicules, dont six aux États-Unis, rappelés pour des problèmes de pédale d’accélérateur et de tapis mal fixé. Un verre de saké pour se donner du courage, et banzaï ! Honda puis maintenant Nissan ont fait leur examen de conscience et de carburateur, et rappelé à leur tour des bataillons de vaillantes pétrolettes nippones pour les remettre sur le droit chemin. Les Américains, trop heureux de trouver des défauts à de durs concurrents de leur industrie automobile en capilotade, n’ont pas hésité à faire comparaître le samouraï Akiro Toyoda pour s’expliquer devant le Congrès sur les manquements – apparemment sérieux – à ses devoirs de constructeur. Il est peu probable que le même camouflet soit imposé ces prochains jours au directeur de General Motors, qui vient pour sa part de rappeler près d’un million et demi de voitures de la marque, perdant ainsi rapidement l’avantage acquis par les déboires de son rival. Qu’il s’agisse, pour le géant tombé à la soupe populaire, d’un problème de « direction assistée défaillante » est en outre d’un humour plus grinçant qu’une portière de pick-up si l’on considère que son ex-directeur général, resté comme consultant, y travaille vingt heures par mois pour 59'000 $...

Le Salon de l’Auto de Genève, alerte jeune homme de quatre-vingts ans, n’a cure pourtant de ces défauts, dysfonctionnements et dérapages divers : son usine à rêve fonctionne plein pot, et des voitures hybrides plus belles et racées les unes que les autres défilent sur ses tapis rouges, convoitées comme à la belle époque par ceux qui ont les moyens de s’offrir ce genre de merveilles, c’est-à-dire pas le citoyen écolo de base. Comme le bio, l’énergie verte et les fraises du Valais non importées au kérosène, l’écologie commercialisée par les constructeurs automobiles est [encore] un signe de réussite sociale… Mais, le découragement n’étant pas coté en bourse, les jeunes chercheurs du secteur n’économisent pas l’énergie de leurs neurones pour perfectionner des alternatives économiquement viables, l’EcoF3 par exemple. Les amateurs de courses automobiles risquent d’ailleurs bien de s’étrangler au virage de l’une ou l’autre des compétitions de F3 qui animent la saison sportive : enfer et damnation, ces taches de couleur sur la carrosserie du bolide WorldFirst ne sont pas de banals logos de marques d’huile moteur ou de cigarettes, mais bien le portrait de plantureuses pommes de terre, de carottes avantageuses, d’appétissantes fleurs de courgette et de fanes de radis à damner un lapin ! Nom d’un topinambour à diesel, c’est quoi ce truc ?

Mis au point par une équipe de chercheurs de l’Université de Warwick [GB], l’engin a toutes les apparences d’une voiture de course formatée pour la compétition, ici la F3, et ses défis en terme de sécurité et de vitesse – on parle de 145 km/heure. Mais, à l’étudier de plus près, on en découvre à son sujet de vertes et de pas mûres : le volant est en fibre dérivée de racines potagères [raves, carottes, navets], le siège en fibre de lin et mousse d’huile de soja, la carrosserie en résidus de pommes de terre, les structures [châssis, suspension, pneus, freins] uniquement issues de matériaux propres et durables et, cerise sur le capot, le moteur est conçu pour carburer à l’huile végétale et aux résidus de cho-co-lat ! Miam ! James Meredith, qui a dirigé l’équipe de chercheurs après avoir travaillé chez Ford sur les biocarburants, est très fier des résultats obtenus : présentés sous la forme spectaculaire d’un bolide plutôt que d’une banale familiale, les matériaux inattendus dont il tire parti frappent les esprits, et persuadent plus facilement à la faveur d’un véhicule solide et rapide, tel que le souhaitent les usagers… de familiale. Et si EcoF3 WorldFirst s’est contentée de satisfaire aux normes de la formule 3, c’est uniquement pour des raisons légales, les obligations actuelles de la F1 pouvant cependant facilement être adaptées aux matières recyclables afin que le sport automobile, et sa déclinaison standard la circulation routière, soient enfin respectueux de l’environnement. Le seul frein à cette extension ? La disponibilité des résidus de chocolaterie !

En attendant, ça va barder dans les stands, et bientôt sans doute dans les garages. Un accroc au pare-choc ? Zou, une rondelle de concombre ! Un dégât à la carrosserie ? Une belle épluchure de patate, il n’y paraîtra plus ! Moteur cassé ? Rapetassez-moi ça avec une courroie de poireaux et deux carottes filetées ! Car, l’université étant connue pour sa Business School, l’une des plus prestigieuses du monde, et surnommée « Warwick Ltd » pour avoir été la première alma mater européenne à commercialiser le résultat de ses recherches, il y a fort à parier que ce véhicule né dans un panier de marché ne va pas en rester là [surtout maintenant que les Hummer sont à la casse], et que ses composantes révolutionnaires – bien qu’ancestrales – après un long passé potager sont appelées à un riche avenir industriel. EcoF3, souvenez-vous de ce nom ! Ses concepteurs négligent cependant d’indiquer ce qu’il en advient en cas de pluie [un pot-au-feu ?], ni si après minuit elle redevient citrouille…